On dira ce qu’on veut de mon gars CloClo, le type avait le don pour repérer le tube imparable, et cela fait UN. Mauvais côté de la médaille, mes premiers souvenirs de Reach Out renvoient vers des dimanches en gris et blanc, qu’animait un Raymond Marcillac plus amidonné qu’une tonne de riz trop cuit, les jeunes d’aujourd’hui ne sauront jamais ce qu’ils ont perdu.
Claude François passait en vedette de l’émission dominicale, et chaque fois que l’animateur coincé l’annonçait pour mettons, 17 heures, chaque fois la même horde de gourdasses (payées au cachet, probablement) se mettait à glapir façon Pavlov, et tant et plus, comme des qui auraient oublié leur diaphragme à la maison –étant entendu que je cause d’avant 67, année d’autorisation par chez nous de la pilule contraceptive-. Mais une fois rendu sur le terrain, fallait le voir s’expliquer avec le public, le Claude. Jamais je n’ai compris la fascination qu’exerçait l’agité blondinet sur les masses, hors la contemplation des cuisses des quatre meufs en mini qui semblaient lancées à ses trousses. Mais bon… Deux noires, deux blanches. Qestion minorités visibles, il était largement en avance sur son temps. Et cela fait DEUX.
J’attendrai que tu me reviennes à nouveau . Pourquoi pas… même si ça ne vaut pas dix cents à côté de la version originale. Las, il faudrait être sacrément menteur pour affirmer, (je parle pour les vieux de ma génération) qu’on a connu D’ABORD celle des Four Tops. On la découvrirait plus tard, bien plus tard. Une fois de plus. A la faveur d’une compile, ou parce qu’un initié vous la glisserait sur le pick-up, entre Otis Redding et Marvin Gaye.

Une fois précisé qu’on aimerait tenir le photographe coupable de cette posture grotesque, et lui faire bouffer son 24X36, objectif compris, venir à l’essentiel. Ce qui me tue dans cette version, au-delà de la merveille mélodique, signée de l’infernal trio Holland-Dozier-Holland, se résume dans ces deux vers-LA.
Now when you’re lost and about to give up
’cause your best just ain’t good enough
Quelque chose comme:
Quand tu seras perdue, à deux doigts de renoncer, parce que le meilleur de ta vie c’est juste pas assez.
Se les repasser ad libitum. Pour ressentir à quel point la musique et les vers s’harmonisent ici à un degré presque hallucinant. Après la flûte de l’intro, quasiment primesautière, est venue cette rythmique si tendue que nul ne songerait un instant à croire aux petites fleurs, aux petits oiseaux des romances. Si tendue qu’au moment du deuxième couplet, on LE VOIT, le malheur qui menace, prêt à plonger sur le monde et les deux tourtereaux. Sauf que… le timbre rauque de Levi Stubbs est d’une autre trempe. Plus fort, plus déterminé que la vie malveillante. Toutes les duretés de l’existence n’y pourront rien: je serai là. Je serai là pour toi, pour te consoler. C’est simple et fort, et ça vous prend par les testicules, comme Shakespeare.
Plus tard, le batteur Narada Michael Walden proposerait (parmi tant d’autres) une version funk assez roborative, s’offrant quelques audaces avec le rythme et la mélodie. Une relecture un poil datée 80’s, mais qui s’entend toujours avec plaisir. N’empêche. le temps de ce morceau, Levi Stubbs et ses trois compères sont ailleurs, atteignant presque le niveau d’émotion de My Girl…
Les Temptations… Faut qu’on en cause, une prochaine fois…